L'isolement dans lequel, en n'assumant pas sa délégation de suzeraineté sur la Corse que lui avait accordée le pape a créé des conditions particulières qui ont pérennisé des formes sociales antiques. Je mentionnerais particulièrement la propriété collective du territoire exploité par la communauté humaine du lieu et les droits traditionnels de passage quand, comme en Alta Rocca et Rocca, les populations transitaient entre mer et montagne. L'Alta Rocca -Aullène exploitait la Munacia, Zirubia à partir de Bruzzi jusque vers les limites du port de Figari. Les autres populations d'Alta Rocca et de Rocca se partageaient le reste de Pian d'Avretu jusque Porto Vecchio. Mais cela n'était pas la seule particularité de ces lieux. Pour sécuriser pouvoir Gènes, outre le renforcement des fortifications de Bonifacio et afin de lui donner les moyens d'assurer ses capacités de pouvoir militaire, a délégué à la ville la gestion du territoire. La ville a pu ainsi exploiter en propre une partie de celui-ci et a affermé le reste. J'imagine que c'est de ce moment que datent les toutes premières maisons construites en dur sur le lieu A Munacia.
On ne saura jamais si les populations montagnardes ont jamais transité en masse de piagghia à muntagna mais j'imagine qu'à partir du moment où Gènes a délégué à Bonifacio son pouvoir sur Pian d'Avretu seule une partie des jeunes gens accompagnaient l'hiver les troupeaux de bovins sur les pacages de bord de mer. Est-ce de ce moment que datent les aménagements sous les auvents des blocs granitiques de Grussetu et Sarra Lattagghia. Je n'imagine pas que ces protections aient servi à la seule conservation de céréales. Le relief et la nature de la terre sont inexploitables pour quelque forme de culture que ce soit, fut-ce sous forme de debbiu. Ainsi on peut imaginer que pendant quelques siècles deux populations, l'une d'Alta Rocca, l'autre de fermiers affermés par Bonifacio ont occupé le bord de mer, les aullènois étant surtout des jeunes gens missionnés par leurs familles. Et on ne peut pas non plus imaginer qu'il n'y ait eu quelque porosité entre ces deux populations qui un jour se mêleront jusqu'à n'en faire qu'une. Toutefois je sais que toutes les familles ne pratiquaient les mêmes coutumes. Certaines, pour le jour des morts -est-ce la source de cette gâterie bonifacienne du pan di morti ? déposaient une assiette avec un peu de nourriture au pied des tombes de leurs disparus.

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